ORGANISATION ET GESTION DU TEMPS LORS D’UNE THESE DOCTORALE

Le doctorat est une réelle expérience professionnelle. En effet, ce dernier nécessite généralement trois années et un contrat de travail pour être réalisé. De plus, le doctorant doit, comme tout employer suivre un emploi de temps précis et clarifié. Ainsi, je vais, dans cet article, détailler comment est-ce qu’il a fallu que je m’organise et que je gère mon temps afin de mener à bien mes travaux de recherche.

Le doctorat est un contrat de travail.
Le doctorat est un contrat de travail.

Le directeur de thèse est un acteur clé dans le dévouement que le doctorant va mettre dans son travail de recherche et aussi dans l’organisation du temps et du travail de son doctorant. Effectivement, dans un premier temps, le directeur de thèse établit le sujet de thèse avec le doctorant puis, ce dernier se présente pour obtenir un financement.

Dans les premières semaines, le directeur de thèse va guider le doctorant sur les actions qu’il doit établir au quotidien. Il le guide dans le choix des d’articles scientifiques à lire, des expériences à réaliser et dans la lecture d’expériences ayant déjà été effectuées autour de son sujet de thèse. Il le guide dans le choix des forums et des séminaires nationaux et internationaux et également dans le choix des formations du docteur.

A la fin de la thèse, le directeur de thèse est là pour guider le jeune docteur aux pratiques et aux temps nécessaires pour soumettre sa thèse aux différents membres du jury afin de soutenir dans de bonnes conditions.

Le directeur de thèse est un mentor

Avant d’effectué une thèse, l’étudiant passe par un master 2 de recherche pendant lequel il effectue un stage sur un sujet qui lui ai proposé par son encadrant. Très souvent, à la fin de ces travaux ; l’étudiant est capable de déterminer s’il veut ou non effectuer une thèse.

En France, pour obtenir une thèse ; il faut avoir un financement. Plusieurs financements sont possibles, soit par le ministère de l’éducation et de la recherche scientifique, soit par une entreprise (on parle alors de thèse CIFRE). Pendant mes travaux de master 2, avec ma directrice de stage, nous avons établi le sujet que j’allais présenter pour obtenir une bourse.

Le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique octroie la bourse de thèse à une école doctorale (BIOSPC pour moi), cette école doctorale étudie les différents sujets proposés et détermine par un système de notes les étudiants qui méritent d’obtenir cette bourse.

La vois de signalisation HEDGEHOG chez la drosophile

Avec ma directrice de thèse, nous avons établi un sujet de thèse qui portait sur l’étude d’une protéine à 12 segments transmembranaires la protéine PATCHED afin de déterminer le site de fixation de son ligand dans le but d’inhiber cette dernière par une protéine synthétique qui se fixerait sur le site de fixation de son ligand naturel HEDGEHOG.

J’ai présenté mon dossier au concours de l’école doctorale.

Il y a différentes informations qui sont prises en compte pour attribuer des notes notamment, est-ce que vous avez fait des stages volontaires, est-ce que vous avez obtenu de bonnes notes en licences et en master de recherche etc…

Toutes ces notes m’ont permis de soutenir mon projet devant un jury et à la fin j’étais 3ième sur liste d’attente. La directrice de mon école doctorale a soutenu ma candidature pour obtenir une bourse IDEX (Initiative d’excellence) qui s’octroie pour des sujets innovants. J’ai obtenu cette bourse.

Tout de suite après avoir reçu cette nouvelle, j’ai été envoyée une semaine au Portugal où j’ai effectué une formation de cristallographie et de cristallogenèse avec un groupe d’étudiants venant de partout dans l’Europe. C’était ma première entrée dans la gestion de mon temps car en effet, il faut se former durant une thèse. Effectuant une thèse en structure des protéines, connaître la cristallogenèse était primordiale pour mon sujet.

J’ai débuté effectivement ma thèse en décembre 2013. Ces travaux de thèse ont commencé par une recherche bibliographique et la continuité de mon sujet de stage où j’ai étudié la protéine SUFU pour laquelle j’avais optimisé les conditions expression et de purification. Durant les premiers temps de ma thèse, j’ai obtenu des données biophysiques sur SUFU. Afin de mieux traiter ce sujet, je me suis appuyée sur les travaux du Dr JABRANI qui m’a précédée auprès du Dr BIOU. Dans cette thèse, elle a mis en place les conditions d’expression de la protéine SUFU et obtenu les données de SAXS et de dichroïsme circulaire pour cette protéine-là. Pendant ma thèse, j’ai obtenu d’autres données de CD (Circular dichroïsm ou dichroïsme circulaire), de SAXS, de diffusion des rayons X aux petits angles et de données de spectroscopie atomique. Afin d’obtenir ces données, j’ai collaboré avec des équipes étrangères à mon laboratoire car nous n’avions pas les équipements nécessaires. En effet, pour effectuer un CD, il faut un synchrotron. J’ai utilisé les deux synchrotrons Français qui se situent à St Aubin et à Grenoble. Pour faire des expériences sur ces synchrotrons, il est nécessaire de réserver du temps de faisceau. Pour ma part, cette réservation a très souvent été effectuée par ma directrice de thèse. Pour y aller, la protéine doit être purifiée car les protéines fraichement purifiées sont plus stables que les protéines congelées. En effet, si vous mettez du concombre au congélateur, une fois décongelé, ce dernier est immangeable. C’est presque pareil pour les protéines ; il faut très souvent travailler avec des protéines pures. Une fois qu’on connait les dates de temps de faisceau proposées pour son projet, on réserve du temps pour purifier sa protéine. Une fois fait, il est nécessaire d’organiser son trajet. Il faut pouvoir transporter la protéine sans la dénaturer, préparer des enceintes adiabatiques, avoir le nécessaire pour transporter les protéines de manière sécurisée pour la protéine mais aussi pour les voyageurs. Cependant, je ne travaillais pas avec des protéines dangereuses.

Une fois arrivé aux différents synchrotrons, il faut faire connaissance avec les équipes sur place. Ce sont des personnes qui travaillent avec les profils différents et donc elles savent s’adapter à différents niveaux de compréhension. Cette adaptation est bénéfique car ce sont des piliers, des personnes sur lesquelles on s’appuie pour effectuer les travaux de recherche pendant le temps où on est sur le synchrotron. Il est également nécessaire de se familiariser avec les outils qui sont souvent très couteux donc il faut pouvoir les maîtriser afin d’éviter les dégradations. La maîtrise des outils permet aussi de bien calibrer les machines et les expériences pour ne pas dégrader son échantillon et en tirer le plus de données possibles. Le personnel présent sur le synchrotron passe un temps à former les utilisateurs aux bonnes pratiques de leur plateau technique.

Une fois rentrer avec les données, il faut passer du temps à maîtriser les outils nécessaires pour tirer le maximum de cohérences. Pour les données de CD, j’ai utilisé BETSEL qui est un outil en ligne. J’ai aussi utilisé Excel pour la mise en forme. Ces données traitées, il faut les analyser. L’analyse des données de biologie passent par une étude bibliographique des articles qui sont parvenus dans différentes revues scientifiques et qui traitent du sujet d’étude. Il faut pouvoir comprendre les expériences qui ont été faites au préalable, analyser des données en notre possession et définir pourquoi ces nouvelles données ajoutent une plus-value sur celles qui avaient déjà été faites. Puis mettre tous ces éléments en formes et les proposer à des revues scientifiques destinées au sujet traité.

J’ai également effectué des expériences de SAXS à SOLEIL. J’ai utilisé la protéine SUFU dans des conditions différentes afin de comprendre comment se comporte la protéine dans son milieu naturel en mimant les interactions biochimiques et biophysiques qu’elle pourrait avoir non seulement avec le milieu intracellulaire mais aussi avec les différentes protéines qui l’entourent. En effet, j’ai mis la protéine en présence de son ligand naturel Cuditus Interruptus (CI) qui est une des protéines impliquées dans la voie de signalisation HEDGEHOG.

Ainsi, vous l’aurez compris, un sujet qu’on soutient pour obtenir la bourse peut prendre différentes tournures et il est nécessaire d’être flexible dans ses réflexions et pouvoir avoir une autre approche du sujet.

J’ai effectué des expériences sur SUFU mais aussi sur PATCHED. Dans notre laboratoire, nous n’avions jamais travaillé sur PATCHED ainsi, nous avons collaboré avec Le DR MUS VETEAU à Nice.

Le DR MUS VETEAU nous a fourni la séquence d’expression de la protéine PATCHED que nous avons insérée dans un génome de levure et dans un génome de bactérie. Nous avons donc effectué des expériences de biologie moléculaire.

Petite anecdote: durant une thèse, il y a des moments où on ne comprend pas ce qu’il se passe. Ce moment m’est arrivé.

En effet, pour insérer un gène dans un génome, il est nécessaire d’effectuer une digestion enzymatique sur des sites palindromiques (séquence de lettres pouvant se lire à l’endroit comme à l’envers comme ANNA, KAYAK) spécifiques d’une enzyme donnée. Au préalable, on détermine le site palindromique commun au vecteur et au gène à insérer.

Un des échantillons d’enzymes que j’utilisais a été contaminée. Ainsi, les coupures ne donnaient pas le nombre de fragments qu’il fallait. Je n’ai pas eu assez de recul sur mes expériences pour comprendre ce qu’il s’était passé et, la discussion avec mes collègues m’a permis de me rendre compte qu’effectivement l’échantillon avait été contaminé. Ainsi, j’ai effectué des commandes d’autres enzymes, refais des coupures et constater qu’effectivement l’échantillon précédent était contaminé. Ce sont des expériences qui prennent du temps, il faut pouvoir minimiser l’impact de ce temps perdu sur ses travaux de recherche car c’est du temps qui aurait pu être utilisé autrement.

Durant cette thèse j’ai travaillé dans l’obtention de la protéine dans les différents systèmes d’expression qui se présentaient à moi. En effet, les bactéries n’expriment pas les protéines de la même façon en fonction de la souche. Afin de mieux le comprendre, je vous inviterai à lire l’article du docteur Federica ANGIUS car il traite des systèmes d’expression, des différentes souches bactériennes et de leur influence sur l’expression et le repliement des protéines. https://www.nature.com/articles/s41598-018-26668-y

Ainsi, j’ai cloné le gène dans différents types de vecteurs et inséré ses vecteurs dans différentes souches bactériennes afin de déterminer qu’elle serait le meilleur système d’expression de ma protéine.

Afin d’effectuer ces expériences de biologie moléculaire, des étudiantes en BTS ont été recrutées et encadrées par ma directrice de thèse et moi. Durant cet encadrement, nous avons transmis aux étudiantes les bonnes pratiques du laboratoire et les techniques nécessaires pour effectuer des expériences de biologie moléculaire.

Une fois ces expériences réalisées, il faut les mettre en forme, les analyser, prendre de la hauteur afin d’avoir une vision plus large sur les expériences ; une vision du passé, du présent et du futur des résultats obtenu. Pouvoir se rappeler du début historique de ses expériences dans un contexte économique, social et scientifique différents, les mettre dans notre contexte et se projeter dans l’avenir. Ce travail se fait en étroite collaboration avec le directeur de thèse bien évidemment. Car c’est également un apprentissage et le directeur de thèse propose à l’étudiant une façon de travailler adéquate

Ces expériences mises en place, l’écriture des articles scientifiques qui peuvent mettre les résultats en valeur peut commencer. Il est également temps de commencer à se poser les questions sur son avenir professionnel et de commencer à écrire sa thèse et à contacter les membres du jury. C’est un travail qui se fait au mieux sur une année ou sur 6 mois. J’ai commencé 9 mois avant la date de soutenance.

Pour effectuer une bonne thèse, il faut faire des formations qui correspondent à 3 semaines de formations sur les 3 années de thèse et donnent droit à 180 unités d’enseignement (UE) nécessaires pour soutenir sa thèse. J’ai choisi des formations qui tournaient autour de la création d’entreprise CBA qui n’existe plus aujourd’hui, je me suis formée au métier de recherche dans les laboratoires de recherche privées.

Durant ces années de thèse, j’ai également participé à des forums de l’école doctorale (ED). Ces participations sont importantes car elles permettent de savoir ce sur quoi les autres étudiants de l’école doctorale travaillent, de former son réseau, de connaître les autres sujets qui sont traités dans son ED.

Pour soutenir sa thèse, il est nécessaire de constituer un jury de thèse composé de docteurs ayant une bonne connaissance du sujet traité, du directeur de thèse et du directeur de l’école doctorale. Il est important de prévenir les différents membres par emails et, en fonction leurs réponses, il faudrait leur envoyer le résumé du sujet de thèse.

Il est nécessaire d’obtenir au préalable l’approbation de soutenance du directeur de l’école doctorale. En effet, pour prendre la décision, il détermine si les travaux réalisés sont suffisants pour écrire une thèse, sinon il demande des expériences complémentaires, il évalue aussi si des articles scientifiques vont être publiés, si toutes les UE ont été effectuées. C’est une fois l’avis favorable du directeur de l’école doctorale obtenu que commence véritablement l’écriture de sa thèse.

J’ai commencé l’écriture de ma thèse par l’écriture des matériels et méthodes. En effet, durant des travaux de recherche, il est impératif de tenir un cahier de laboratoire. Ce dernier doit être le plus précis possible pour pouvoir effectuer à nouveau certaines expériences au cas où les précédents n’ont pas marché. Pour pouvoir comprendre pourquoi une expérience n’a pas marché par rapport à une autre et être reproductible dans le temps. Des expériences scientifiques doivent pouvoir être reproductible peu importe la position géographique si on se trouve dans les mêmes conditions de température, il faudrait avoir le même rendement avec les expériences effectuées. Ainsi, il est impératif de noter les matériels et les méthodes tous les jours.

Ensuite, le moment est arrivé d’écrire l’introduction qui permet d’établir la genèse de ses travaux ce qui permet de comprendre les expériences qu’on a effectuées durant la thèse et d’avoir une vision sur l’avenir des résultats qu’on a obtenu.

Puis j’ai écrit les résultats et la discussion. C’est un moment délicat car il concerne effectivement le travail de thèse, une analyse des résultats obtenus, une discussion autour de ces résultats. La discussion consiste en un résumé succinct des résultats et de la traduction de ces résultats dans le contexte dans lequel on se trouve. En dehors de ce contexte, qu’est-ce qui aurait pu être obtenu, comment est-ce que ces résultats sont pertinents dans l’univers scientifique de ce sujet de thèse et en quoi est-ce que ces résultats peuvent permettre d’envisager un avenir favorable pour ce sujet de thèse là. Comment est-ce qu’on peut se projeter avec ces résultats.

Enfin, j’ai écrit la conclusion et établi la bibliographie des différents articles qui ont servi à l’écriture de la thèse.

Une fois l’écriture de la thèse effectuée, il faut envoyer le manuscrit aux membres du jury qui vont l’évaluer, donner leurs remarques, leurs réserves par rapport à la discussion, des modifications éventuels. Ce sont toujours des suggestions et des remarques très pertinentes pour le jeune docteur car cela permet dans un premier temps d’avoir une discussion virtuelle avec les membres du jury. Il est important de s’arrêter sur ces remarques car elles permettent d’évaluer la sensibilité du jury par rapport au sujet qu’on lui présente et ainsi de préparer les éventuelles questions qu’il peut poser le jour de la soutenance.

Durant la correction du manuscrit, il est nécessaire de préparer le jour de la soutenance. Cette préparation passe par une invitation des personnes que nous désirons voir ce jour-là et par la mise en place du pot qui suivra la remise du diplôme. Puis, préparer la présentation en créant un fichier power point. Cette dernière reprend ce qui a été écrit dans le rapport de thèse, les expériences et les résultats.

Un entrainement de plusieurs jours s’impose. La présentation de la soutenance dure 45 minutes qu’il est impératif de préparer, il est nécessaire de préparer les questions et la discussion qui vont s’en suivre avec les membres du jury. Ces derniers peuvent durer de 1 à 2 heures. C’est très important de s’entourer des personnes qui sont dans le laboratoire, et leur demander de participer à la préparation de cette soutenance.

Le jour de la soutenance arrive enfin. On a convoqué les membres du jury et on leur a envoyé une version papier du rapport. Ils ont accepté de nous faire l’honneur de juger notre travail de thèse. On a préparé la salle, préparer l’ordinateur de la soutenance et mis la présentation sous différents formats dessus. On a stressé mais on a soutenu. On répond ensuite aux questions, avant de laisser la salle au jury qui évalue s’ils donnent la thèse. S’il la donne, Le moment des remerciements arrive, le moment de la fête mais aussi celui de la question :

Qu’est-ce que tu feras après la thèse. La première réponse c’est : « Je vais corriger ma thèse ». En effet, il faut faire des corrections de langue, des corrections scientifiques, faire une dernière édition papier du sujet de thèse, envoyer à l’école doctorale sous clé USB.

Que faire avec une thèse ? Que faire après une thèse, ça fera l’objet d’un prochain article.

Je vous remercie pour votre lecture assidue de mes articles, je vous invite à les partager, à les commenter et à les apprécier afin de m’encourager à vous mettre du contenu supplémentaire.

Je vous dis à très bientôt.

POURQUOI FAIRE UN DOCTORAT

Pourquoi faire un doctorat ? C’est une question bien délicate et il appartient à chacun de déterminer les raisons qui lui seront assez importantes pour qu’il se lance dans cette aventure. Néanmoins, je vous propose de vous lister quelques raisons qui peuvent orienter les choix comme par exemple :

  1. Travailler en profondeur sur le sujet qui nous passionne
  2. Travailler avec des personnes talentueuses
  3. Avoir l’occasion de se surpasser.
  4. Faire partie de l’élite

Le doctorat, diplôme le plus élevé de l’université, est aussi le seul diplôme mondialement reconnu et pour lequel il n’y a pas besoin d’équivalence. A titre d’exemple, au Canada, on effectue le doctorat à la suite d’un master mais, on effectue un master à la suite d’un baccalauréat. En France, un master fait suite à une licence. Cependant, dans ces deux pays, le doctorat reste le plus haut diplôme universitaire et confère à son détenteur le titre de docteur ou Ph.D (philosophiae doctor).

Faire un doctorat permet de se former par la recherche. Il permet de se former en étant en contact avec les meilleurs savants de son domaine d’étude. Il permet de créer des liens avec ces derniers et, ce, partout dans le monde.

Pour exercer dans la recherche, publique ou privée, il faut être détenteur d’un doctorat. En tout cas pour diriger des travaux de recherche. Pour ceux qui envisagent d’être maître de conférences, c’est également le seul diplôme qui le leur permettra.

Outre ces raisons administratives, faire un doctorat fait aussi suite à des raisons intrinsèques qui, à mon sens, font partie des principales raisons qui feront de nous un bon doctorant.

Travailler en profondeur sur le sujet qui nous passionne

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé les sciences. Plus jeune, j’étais la meilleure élève en sciences de mon niveau. Comprendre ce qu’il se passe autour de moi, connaître l’infiniment petit aussi bien que l’infiniment grand était pour moi un réel moteur, une réelle énergie. Je me souviens que mon oncle m’avait offert une encyclopédie et je me souviens de chacune des pages qu’elle contenait. Passionnée de sciences, je le suis depuis ma tendre enfance.

J’ai grandi au Cameroun dans les années 1990 – 2000. Au cours d’une période de vacances passée chez un pédiatre ami de la famille, sa façon d’exercer la médecine m’a beaucoup inspirée et je me suis dit que je serai médecin un jour (rêve d’adolescent).

A la fin de mon baccalauréat, j’ai entamé des études de médecine mais, les circonstances n’aidant pas, je n’ai pas réussi le concours de première année. J’avais le choix ; soit faire infirmière, soit faire biologie. Je me suis donc souvenu de mon désir ardent de maîtriser les sciences et le choix est devenu évident. J’ai fait biologie. Elève moyenne mais assidue, j’ai obtenu mon Master 2 de recherche et, de nouveau, la question s’est posée, il fallait choisir entre l’approfondissement de mes connaissances en biologie et la recherche d’un emploi. Ce même désir ardent m’a permis de trouver la solution qui me conviendrait le mieux. J’ai fait un doctorat.

Mon sujet de thèse était la suite logique de mon sujet de master 2. Ce dernier, je l’ai choisi par curiosité ; je voulais connaître la voie de signalisation Hedgehog, dont j’avais entendu parler en cours et pour laquelle si peu avait été dit. Cette passion a plu à celle qui sera plus tard ma directrice de thèse. A la suite de mon master 2 elle m’a proposé un sujet de thèse pour lequel j’étais loin d’imaginer la difficulté. Il s’agissait d’exprimer un protéine transmembranaire humaine dans un système extrinsèque, en grande quantité afin d’en faire des cristaux et de déterminer sa structure tridimensionnelle. Compliqué à lire ? Oui je suppose mais aussi compliqué à réaliser ; si compliqué que j’ai obtenu une bourse d’excellence pour ce sujet innovant.

La passion aidant, j’ai réalisé ce doctorat que j’ai soutenu en 2017.

La passion est vraiment nécessaire pour accomplir cette mission. Elle peut être aussi communiquée par le directeur de thèse ; principal contact de l’étudiant pendant les trois années que durent la thèse. Pour ma part, j’ai eu une excellente directrice de thèse qui a pris beaucoup de temps à me former à la recherche. Elle m’a transmis sa passion pour la recherche. Informaticienne de formation, elle a su se former au cours de sa carrière aux autres aspects de la recherche tels que la biochimie, la biophysique et la biologie moléculaire. Lors de mon doctorat, elle a été pour moi un modèle et un soutien qui m’ont permis de garder le cap et de ne pas craquer lorsque les occasions se présentaient pour.

Pour réaliser une thèse, il faut de la passion ; la sienne et aussi celle de son directeur de thèse. Cette passion permet d’accomplir des exploits, ceux qui sont attendus à la fin du doctorat.

On veut travailler avec des personnes talentueuses

La crise du corona virus à laquelle nous sommes en train d’assister a permis de remettre à la recherche scientifique l’importance qui lui est due si bien que le président français a octroyé 5 milliards de plus pour la recherche cette année. https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:6646441306350460929/

Malheureusement, cette prise de conscience fait suite à une catastrophe sanitaire internationale. Où les pays qui ont mis l’accent sur la recherche ont réussi à mieux contenir cette pandémie, ceux qui ont négligé ce corps de métier se retrouve à prendre des décisions drastiques.

Forts de leur capacité à travailler sans relâche et de leur esprit d’entreprise, les chercheurs, en France, ont su travailler sur les sujets qui les passionnent malgré un budget réduit.

Des personnes talentueuses, des personnes ingénieuses, c’est là une partie de la vérité car les chercheurs sont des personnes vraiment exceptionnelles. Donnez-leur un sujet, n’importe lequel, ils sont capables d’argumenter autour avec des faits clairs et précis.

Durant ma thèse, je me souviens d’un moment assez banal mais qui m’a fait prendre conscience de cette vérité ; j’étais en train de travailler à 19h30, je me battais avec un bocal stérilisé lorsqu’un collègue chercheur est arrivé. Je lui ai demandé de l’aide ; il a placé un couteau entre le couvercle et le bocal, chassé de l’air puis, il était possible même à un enfant d’ouvrir ce bocal. Une situation assez banale en effet mais, la solution est arrivée à la suite d’une analyse objective de la situation basée sur des faits, la stérilisation piège de l’air dans le bocal et le rend difficile à ouvrir, il est donc nécessaire de chasser cet air.

Durant son doctorat, on est ainsi baigné dans un environnement international où chaque personne qu’on rencontre, docteur ou pas, sont des personnes qui permettent réellement d’être stimulé intellectuellement. On ne peut en ressortir que transformé.

Avoir l’occasion de se surpasser

Le doctorat est une expérience professionnelle, un projet qu’on doit pouvoir mener à bien en trois ans. A la différence des projets qu’on peut avoir en entreprises, le projet doctoral est un projet pour lequel personne n’a encore rien expérimenté. Il est créé pour le doctorant et même si son directeur de thèse connait les enjeux mieux que lui au début du doctorat, seul le doctorant connait les tenants et aboutissants au moment de la thèse. Néanmoins, comme tout projet, il a un début, un déroulé et une fin.

Au début de la thèse, l’étudiant est confiant en son avenir, il sait qu’il est en train d’avoir une expérience inédite que peu de personnes auront l’occasion de vivre. Il se souvient encore de son stage de master 2 où il a été accompagné tout du long pour pouvoir fournir un rapport de stage. Il se sent capable. Il commence la lecture des documents des étudiants précédents, des articles des équipes qui traitent des techniques et des expériences qui peuvent l’aider à réaliser sa thèse.

Je parle en générale mais, ce sont tous les sentiments par lesquels je suis passée au début de ma thèse. J’avais foi en mon projet, j’ai lu un bon nombre d’articles et les expériences passées.

Puis, quelques mois après le début de mon doctorat, j’ai fait face à des échecs. Des échecs qui survenaient même sur des expériences que j’avais faites et refaites. Les angoisses ont commencé à se faire ressentir, la peur de ne pas y arriver la peur de ne réussir à faire évoluer la recherche. Mille et une questions auxquelles personne ne peut apporter de réponse à par moi car en fin de compte, je connais mieux mon sujet que n’importe qui. Encore une fois, l’intervention de ma directrice de thèse était opportune. Elle m’a fait rencontrer les bonnes personnes à qui poser les questions auxquelles elle ne pouvait pas répondre. Elle m’a aiguillée sur les expériences complémentaires que je pourrais faire pour sortir de l’impasse. Elle m’a proposé les orientations à apportées aux résultats que j’avais déjà obtenu afin d’en faire un article scientifique.

C’est ainsi que, en plus des résultats de dichroïsme circulaire que j’avais recueillis, j’ai obtenu des résultats de diffusion des rayons x aux petits angles, j’ai obtenu des résultats de spectroscopie atomique, j’ai mis en forme ses résultats, les ai analysés et permis la rédaction de cet article et de ma thèse. http://theses.md.univ-paris-diderot.fr/MAKAMTE_Staelle_va_20032017.pdf

Le doctorat m’a permis de développer des capacités intellectuelles et mentales que je ne me sentais pas capables de faire avant d’avoir soutenu. Je me suis surpassée et, si c’était à refaire, je referai sans hésitation.

Faire partie de l’élite

La réalisation d’un doctorat est à la portée de tout le monde mais, peu de gens prennent le courage de se lancer et de le terminer. Une bonne proportion de doctorants ne termine pas leur thèse pour des raisons qui leur sont propres et très souvent justifiées. Ainsi, c’est une réelle chance d’avoir fait partie de ceux qui sont arrivés jusqu’au bout. La chance de pouvoir légitimement porter le titre de docteur et d’être une référence dans le monde scientifique. La chance d’avoir fait avancer la science et d’avoir apporté des pistes de réponses à des problèmes scientifiques mais aussi sociétaux.

Pourquoi faire un doctorat ?

Plusieurs autres raisons peuvent intervenir dans le choix d’un étudiant de continuer un doctorat ou pas. Cependant, il est important de pouvoir répondre à cette question au début de sa thèse car cette étape est déterminante si l’étudiant ne veut pas faire partie des 25% qui ne terminent pas leur doctorat.

J’espère néanmoins que ces quelques raisons vous aideront dans le choix que vous ferez.

DISCUSSION AVEC UNE AMIE

Le partage de cette idée à une très bonne amie a suscité con intérêt. Je lui ai parlé de ma volonté d’aider les jeunes à intégrer sereinement les industries privées. Cette discussion, j’ai voulu vous la retranscrire car elle a posé des questions pertinentes, des questions que je me suis posée, que j’ai posées aux différents recruteurs que j’ai rencontré. Ses questions ont à nouveau fait écho en moi et ont fini de me convaincre que l’écriture de ce site est nécessaire.

Elle : Quel est le but de ton site internet ? Pourquoi est-ce que tu le fais ?

Moi : Je crée ce site pour, dans un premier temps parler de mon expérience afin de faire comprendre aux docteurs, (mais ça peut s’étendre aussi aux masters 2 des universités) qu’ils ont leur place dans les entreprises. N’as-tu pas remarqué qu’il y a une nette séparation entre le secteur académique et le secteur privé ? Lorsqu’on demande aux chercheurs qui nous enseignent ce qu’on peut faire avec le diplôme qu’on a, ils ne savent pas quoi répondre. Ah si ils le savent ; « Être chercheur ou enseignant chercheur). Mais à part cette réponse, c’est le flou total.

Je veux par ce site pouvoir parler de mon expérience et la faire partager à plusieurs personnes afin de les inspirer dans leur choix.

Côté recruteurs, j’aimerais leur faire comprendre qu’ils ont tout intérêt à recruter les profils de docteur car ça ne peut que faire du bien à leurs équipes. En effet, ce sont des profils atypiques avec de bonnes capacités d’adaptation, d’analyse et de recherche.

Elle : Mais d’où t’est venue cette idée ?

Moi : En fait au cours de ma carrière, j’ai eu plusieurs personnes qui m’ont demandé de leur dire comment est-ce que j’ai fait, si je suis épanouie dans mon travail alors que mon diplôme me destinait à être chercheuse. Ces questions et les miennes une fois mon doctorat en poche m’ont permis de prendre conscience qu’il y a un réel besoin d’être accompagné et soutenu dans ce choix de passer dans le privé. En plus, lorsque j’ai fait ma formation de reconversion, j’étais avec des docteurs qui ont effectué plusieurs post-doc avant de se tourner vers le secteur privé. J’ai été très surprise de savoir la peur qui est la nôtre nous paralyser pendant plusieurs années de notre vie alors qu’on peut simplement aller vers le secteur privé bien plus tôt. Cette peur est surtout alimentée par une incompréhension de comment le monde du travail hors académie fonctionne. J’ai donc voulu rassembler en un seul endroit, un seul site, les informations qui aideront les docteurs à prendre une décision basée sur des faits.

Elle : OK je pense que ton site va intéresser les docteurs mais, en quoi est-ce que ça peut intéresser les recruteurs ?

Moi : C’est important que les recruteurs sachent le potentiel des docteurs. En effet, j’ai intégré Allianz suite à ma formation, j’étais à l’aise dans ce que je faisais, je pense que j’étais bien à mon poste. Mais, une fois que je suis passée consultante biologie chez Dedalus, j’ai très vite été la « meilleure recrue de ma société » et, ce sont mes collègues qui le disent.

Ce qu’il s’est passé c’est que j’ai une très bonne capacité d’analyses, de recherche. Les profils de docteur sont capables de passer autant de temps que nécessaire sur un sujet jusqu’à trouver la solution adéquate. Ils ne vont pas se fatiguer moralement ou en tout cas ils le feront moins rapidement. De plus, ils ont une excellente capacité d’apprentissage. Ils prennent nettement moins de temps à apprendre un nouveau concept et une nouvelle façon de faire. Effectivement, lors de leur thèse, ils ont eu à apprendre rapidement plusieurs techniques et méthodes pour pouvoir écrire leur mémoire au bout de trois ans, un mémoire basé sur des recherches poussées.

Elle : Mais le problème ce n’est pas le salaire des docteurs est-ce qu’ils ne vont pas demander un gros salaire de par leur année d’étude ?

Moi : C’est là où il va falloir faire comprendre aux docteurs qu’il y aura encore un sacrifice supplémentaire à faire. Dans un premier temps, ils ne pourront pas prétendre toucher autant qu’un bac + 5 avec trois ans d’expériences. Mais, peut-être qu’il faudrait également travailler avec les recruteurs pour leur faire prendre conscience qu’un docteur peut très bien prétendre à un salaire de bac + 5 avec trois années d’expériences.

Je veux revenir sur ce que tu as dit lorsque tu parles d’années d’étude ; le doctorat se solde par un diplôme universitaire mais, c’est avant tout une expérience professionnelle. Imagine que j’avais trouvé du travail dans une industrie de recherche, j’aurais fourni le même travail que j’ai fourni lors de ma thèse.

Lorsqu’on fait une thèse, on a des horaires de travail comme un salarié, on doit rendre des comptes comme un salarié. En effet, à la fin on rend un mémoire mais, c’est aussi un compte rendu d’activité comme un salarié J’ai un ami qui a fait une thèse en électronique, il a fait des brevets qui sont utilisés aujourd’hui ; lorsque tu fais une thèse en sociologie, tu réponds à une problématique sociétale. Donc, le doctorant, même s’il s’inscrit à la fac pendant trois ans, il n’est pas étudiant. En effet, il doit valider 180 unités d’enseignement mais, il peut soit suivre une formation comme tout salarié ou alors faire du conseil pour une entreprise. Donc, il faut vraiment faire comprendre aux docteurs et au grand public que le doctorat est une réelle expérience professionnelle qui se solde par l’obtention d’un diplôme universitaire. D’ailleurs, jusqu’au début du XIXe siècle, les doctorants en droits, en sciences ou en lettres (créés en 1808) n’étaient obligés de s’inscrire qu’à la dernière année de thèse pour obtenir leurs doctorats. Soit l’année de leur soutenance Sources.

Elle : Donc tu penses que le docteur est une ressource importante pour une entreprise ?

Moi : Oui effectivement. Il a un rôle complémentaire à un ingénieur.

Elle : Ce sera un très bon site internet !

Moi : Merci. Le but est d’aider un plus grand nombre de personnes.