POURQUOI FAIRE UN DOCTORAT

Pourquoi faire un doctorat ? C’est une question bien délicate et il appartient à chacun de déterminer les raisons qui lui seront assez importantes pour qu’il se lance dans cette aventure. Néanmoins, je vous propose de vous lister quelques raisons qui peuvent orienter les choix comme par exemple :

  1. Travailler en profondeur sur le sujet qui nous passionne
  2. Travailler avec des personnes talentueuses
  3. Avoir l’occasion de se surpasser.
  4. Faire partie de l’élite

Le doctorat, diplôme le plus élevé de l’université, est aussi le seul diplôme mondialement reconnu et pour lequel il n’y a pas besoin d’équivalence. A titre d’exemple, au Canada, on effectue le doctorat à la suite d’un master mais, on effectue un master à la suite d’un baccalauréat. En France, un master fait suite à une licence. Cependant, dans ces deux pays, le doctorat reste le plus haut diplôme universitaire et confère à son détenteur le titre de docteur ou Ph.D (philosophiae doctor).

Faire un doctorat permet de se former par la recherche. Il permet de se former en étant en contact avec les meilleurs savants de son domaine d’étude. Il permet de créer des liens avec ces derniers et, ce, partout dans le monde.

Pour exercer dans la recherche, publique ou privée, il faut être détenteur d’un doctorat. En tout cas pour diriger des travaux de recherche. Pour ceux qui envisagent d’être maître de conférences, c’est également le seul diplôme qui le leur permettra.

Outre ces raisons administratives, faire un doctorat fait aussi suite à des raisons intrinsèques qui, à mon sens, font partie des principales raisons qui feront de nous un bon doctorant.

Travailler en profondeur sur le sujet qui nous passionne

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé les sciences. Plus jeune, j’étais la meilleure élève en sciences de mon niveau. Comprendre ce qu’il se passe autour de moi, connaître l’infiniment petit aussi bien que l’infiniment grand était pour moi un réel moteur, une réelle énergie. Je me souviens que mon oncle m’avait offert une encyclopédie et je me souviens de chacune des pages qu’elle contenait. Passionnée de sciences, je le suis depuis ma tendre enfance.

J’ai grandi au Cameroun dans les années 1990 – 2000. Au cours d’une période de vacances passée chez un pédiatre ami de la famille, sa façon d’exercer la médecine m’a beaucoup inspirée et je me suis dit que je serai médecin un jour (rêve d’adolescent).

A la fin de mon baccalauréat, j’ai entamé des études de médecine mais, les circonstances n’aidant pas, je n’ai pas réussi le concours de première année. J’avais le choix ; soit faire infirmière, soit faire biologie. Je me suis donc souvenu de mon désir ardent de maîtriser les sciences et le choix est devenu évident. J’ai fait biologie. Elève moyenne mais assidue, j’ai obtenu mon Master 2 de recherche et, de nouveau, la question s’est posée, il fallait choisir entre l’approfondissement de mes connaissances en biologie et la recherche d’un emploi. Ce même désir ardent m’a permis de trouver la solution qui me conviendrait le mieux. J’ai fait un doctorat.

Mon sujet de thèse était la suite logique de mon sujet de master 2. Ce dernier, je l’ai choisi par curiosité ; je voulais connaître la voie de signalisation Hedgehog, dont j’avais entendu parler en cours et pour laquelle si peu avait été dit. Cette passion a plu à celle qui sera plus tard ma directrice de thèse. A la suite de mon master 2 elle m’a proposé un sujet de thèse pour lequel j’étais loin d’imaginer la difficulté. Il s’agissait d’exprimer un protéine transmembranaire humaine dans un système extrinsèque, en grande quantité afin d’en faire des cristaux et de déterminer sa structure tridimensionnelle. Compliqué à lire ? Oui je suppose mais aussi compliqué à réaliser ; si compliqué que j’ai obtenu une bourse d’excellence pour ce sujet innovant.

La passion aidant, j’ai réalisé ce doctorat que j’ai soutenu en 2017.

La passion est vraiment nécessaire pour accomplir cette mission. Elle peut être aussi communiquée par le directeur de thèse ; principal contact de l’étudiant pendant les trois années que durent la thèse. Pour ma part, j’ai eu une excellente directrice de thèse qui a pris beaucoup de temps à me former à la recherche. Elle m’a transmis sa passion pour la recherche. Informaticienne de formation, elle a su se former au cours de sa carrière aux autres aspects de la recherche tels que la biochimie, la biophysique et la biologie moléculaire. Lors de mon doctorat, elle a été pour moi un modèle et un soutien qui m’ont permis de garder le cap et de ne pas craquer lorsque les occasions se présentaient pour.

Pour réaliser une thèse, il faut de la passion ; la sienne et aussi celle de son directeur de thèse. Cette passion permet d’accomplir des exploits, ceux qui sont attendus à la fin du doctorat.

On veut travailler avec des personnes talentueuses

La crise du corona virus à laquelle nous sommes en train d’assister a permis de remettre à la recherche scientifique l’importance qui lui est due si bien que le président français a octroyé 5 milliards de plus pour la recherche cette année. https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:6646441306350460929/

Malheureusement, cette prise de conscience fait suite à une catastrophe sanitaire internationale. Où les pays qui ont mis l’accent sur la recherche ont réussi à mieux contenir cette pandémie, ceux qui ont négligé ce corps de métier se retrouve à prendre des décisions drastiques.

Forts de leur capacité à travailler sans relâche et de leur esprit d’entreprise, les chercheurs, en France, ont su travailler sur les sujets qui les passionnent malgré un budget réduit.

Des personnes talentueuses, des personnes ingénieuses, c’est là une partie de la vérité car les chercheurs sont des personnes vraiment exceptionnelles. Donnez-leur un sujet, n’importe lequel, ils sont capables d’argumenter autour avec des faits clairs et précis.

Durant ma thèse, je me souviens d’un moment assez banal mais qui m’a fait prendre conscience de cette vérité ; j’étais en train de travailler à 19h30, je me battais avec un bocal stérilisé lorsqu’un collègue chercheur est arrivé. Je lui ai demandé de l’aide ; il a placé un couteau entre le couvercle et le bocal, chassé de l’air puis, il était possible même à un enfant d’ouvrir ce bocal. Une situation assez banale en effet mais, la solution est arrivée à la suite d’une analyse objective de la situation basée sur des faits, la stérilisation piège de l’air dans le bocal et le rend difficile à ouvrir, il est donc nécessaire de chasser cet air.

Durant son doctorat, on est ainsi baigné dans un environnement international où chaque personne qu’on rencontre, docteur ou pas, sont des personnes qui permettent réellement d’être stimulé intellectuellement. On ne peut en ressortir que transformé.

Avoir l’occasion de se surpasser

Le doctorat est une expérience professionnelle, un projet qu’on doit pouvoir mener à bien en trois ans. A la différence des projets qu’on peut avoir en entreprises, le projet doctoral est un projet pour lequel personne n’a encore rien expérimenté. Il est créé pour le doctorant et même si son directeur de thèse connait les enjeux mieux que lui au début du doctorat, seul le doctorant connait les tenants et aboutissants au moment de la thèse. Néanmoins, comme tout projet, il a un début, un déroulé et une fin.

Au début de la thèse, l’étudiant est confiant en son avenir, il sait qu’il est en train d’avoir une expérience inédite que peu de personnes auront l’occasion de vivre. Il se souvient encore de son stage de master 2 où il a été accompagné tout du long pour pouvoir fournir un rapport de stage. Il se sent capable. Il commence la lecture des documents des étudiants précédents, des articles des équipes qui traitent des techniques et des expériences qui peuvent l’aider à réaliser sa thèse.

Je parle en générale mais, ce sont tous les sentiments par lesquels je suis passée au début de ma thèse. J’avais foi en mon projet, j’ai lu un bon nombre d’articles et les expériences passées.

Puis, quelques mois après le début de mon doctorat, j’ai fait face à des échecs. Des échecs qui survenaient même sur des expériences que j’avais faites et refaites. Les angoisses ont commencé à se faire ressentir, la peur de ne pas y arriver la peur de ne réussir à faire évoluer la recherche. Mille et une questions auxquelles personne ne peut apporter de réponse à par moi car en fin de compte, je connais mieux mon sujet que n’importe qui. Encore une fois, l’intervention de ma directrice de thèse était opportune. Elle m’a fait rencontrer les bonnes personnes à qui poser les questions auxquelles elle ne pouvait pas répondre. Elle m’a aiguillée sur les expériences complémentaires que je pourrais faire pour sortir de l’impasse. Elle m’a proposé les orientations à apportées aux résultats que j’avais déjà obtenu afin d’en faire un article scientifique.

C’est ainsi que, en plus des résultats de dichroïsme circulaire que j’avais recueillis, j’ai obtenu des résultats de diffusion des rayons x aux petits angles, j’ai obtenu des résultats de spectroscopie atomique, j’ai mis en forme ses résultats, les ai analysés et permis la rédaction de cet article et de ma thèse. http://theses.md.univ-paris-diderot.fr/MAKAMTE_Staelle_va_20032017.pdf

Le doctorat m’a permis de développer des capacités intellectuelles et mentales que je ne me sentais pas capables de faire avant d’avoir soutenu. Je me suis surpassée et, si c’était à refaire, je referai sans hésitation.

Faire partie de l’élite

La réalisation d’un doctorat est à la portée de tout le monde mais, peu de gens prennent le courage de se lancer et de le terminer. Une bonne proportion de doctorants ne termine pas leur thèse pour des raisons qui leur sont propres et très souvent justifiées. Ainsi, c’est une réelle chance d’avoir fait partie de ceux qui sont arrivés jusqu’au bout. La chance de pouvoir légitimement porter le titre de docteur et d’être une référence dans le monde scientifique. La chance d’avoir fait avancer la science et d’avoir apporté des pistes de réponses à des problèmes scientifiques mais aussi sociétaux.

Pourquoi faire un doctorat ?

Plusieurs autres raisons peuvent intervenir dans le choix d’un étudiant de continuer un doctorat ou pas. Cependant, il est important de pouvoir répondre à cette question au début de sa thèse car cette étape est déterminante si l’étudiant ne veut pas faire partie des 25% qui ne terminent pas leur doctorat.

J’espère néanmoins que ces quelques raisons vous aideront dans le choix que vous ferez.

Publié par staellesonia

Docteur en biologie structurale, Consultante laboratoire.

Un avis sur “POURQUOI FAIRE UN DOCTORAT

  1. Tres intéressant cet article Staelle Makamte. En réalité je pense que si j’avais vu les choses comme toi et je m’étais posé les mêmes questions que toi je serais aller jusqu’au bout…

    Aimé par 1 personne

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